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Fiche de lecture

L’empreinte familiale

Par 4 février 2021février 11th, 2021Aucun commentaire

L’empreinte familiale

Transfert – transmission – transagir

Jeanne Defontaine

L-empreinte-familiale - Ecole Aide Psy

présenté par Isabelle Daoulas.

« La trace laissée dans le sujet par l’empreinte familiale serait à jamais gravée, intangible, non transformable » – René Kaës.

 

Ce livre permet d’aborder un des principaux problèmes : la spécificité de l’organisation psychique de la famille, distincte de la réalité psychique du sujet individuel . Pour de nombreux patients issus de familles pathologiques, une bonne part de l’analyse consiste à s’extraire de l’idéologie familiale dans laquelle ils se trouvent parfois englués.

 

Il est parfois  difficile de s’y retrouver : comment faire le distingo entre la famille qui constitue à la fois un lieu dont on a besoin pour s’humaniser et grandir, mais qui peut aussi constituer un obstacle puissant avec une vision du monde, un système de valeurs qui marquent une vie émotionnelle.

« Remettre tout cela en question peut soulever des angoisses catastrophiques car c’est l’identité même de  ces sujets qui est en cause» écrit l’auteur.

 

Ainsi, la famille, avec son organisation, son idéologie, peut favoriser la  créativité ou au contraire, avoir un impact destructeur sur l’évolution et l’épanouissement des virtualités et des capacités de pensée de l’enfant.

A travers l’idéologie familiale, se joue d’une façon inévitable et parfois dramatique, le narcissisme du sujet contre le narcissisme familial.

 

Jeanne Defontaine est membre de la société psychanalytique de Paris, diplômée de philosophie, docteur en psychopathologie et psychanalyste ; elle note :

« Le travail de l’analyste consiste à mettre les patients en contact avec les aspects étrangers d’eux mêmes ».

et cite Freud : « Là où étaient les emprises déstructurantes, les empreintes figées, les alliances aliénantes, le « je » doit advenir ».

 

L’ouvrage est partagé en trois parties :

I. L’empreinte transférentielle

 

L’approche familiale met en avant les jeux transférentiels :

 

–   transfert sur l’analyste (qui correspond à la partie mature de la personnalité)

– transfert sur le cadre, dont la dimension est plus comportementale, et qui correspond aux aspects plus archaïques, renvoyant à des expériences traumatiques non refoulées.

Plusieurs niveaux de transferts peuvent coexister chez la même personne.

 

L’intérêt  de l’approche familiale par le « couple thérapeutique »  (thérapeute et co-thérapeute) fait travailler « l’intertransfert ».

Si cette sorte d’alliance  favorise les transferts ou facilite l’identification aux parents, l’idée est qu’à 2, on est mieux équipé pour affronter les manifestations groupales aux contenus difficilement élaborables.

Une des difficultés étant l’existence de plusieurs transferts intriqués les uns dans les autres.

 

L’auteur s’appuie sur les travaux de D. Anzieu au sujet de ce que peut induire le groupe : à savoir

  • une « menace primaire pour l’individu », en rapport avec une angoisse de morcellement.
  • une régression à la position schizo paranoïde et dépressive
  • une régression anté œdipienne, avec apparition d’acting à valeur incestuelle ou meurtrière.

Les manifestations de contre transferts sont là plus difficiles à percevoir et à vivre. C’est là que l’analyse de l’intertransfert devient indispensable.

L’angoisse primordiale dans un groupe, qu’il soit familial ou non, est liée au fait que le groupe est identifié inconsciemment à une imago maternelle toute puissante.

II. L’empreinte comme trace du passé : la transmission.

 

Freud, dans « Totem et tabou » distingue la « transmission par identification » (qui se rapporte à l’histoire de l’individu)  et la « transmission générique » (qui se rapporte à la préhistoire de l’individu).

 

C’est à partir de l’étude du cas Schreber, publié par Freud, dans « Les 5 psychanalyses », que l’on arrive à parler « d’abus de pouvoir et de meurtre d’âme. »

 

Dans cette partie, l’auteur montre  les effets destructeurs de l’autorité paternelle , cautionnée par tout un système idéologique, et qui s’abrite derrière un masque de vertu et de moralité.

L étude de la famille Schreber amène à voir combien il peut y avoir une influence pathogène du couple parental.

C’est à partir de ce cas que l’auteur avance l’idée que l’autorité se met à dysfonctionner dans une famille quand un personnage, le plus souvent le père,  incarnant une imago archaïque, s’empare du pouvoir et devient l’objet d’une idéalisation groupale qui le met à l’abri de toute critique.

Ne pas mettre à  jour le dysfonctionnement familial avec tous les paradoxes qu’il contient participe au meurtre psychique de l’enfant.

 

L’ouvrage nous présente alors un autre cas (celui d’Aurore) qui vient aussi témoigner des répercussions psychiques de traumatismes familiaux sur un enfant « de la 3e génération ». qui peut donner,

III. L’empreinte présente dans le transagir

 

Cette partie décrit, avec des cas précis, comment l’enfant d’une famille peut tenir le rôle « d’agissant prédestiné » comme par exemple dans le cas de deuil non fait,  ou encore avec l’exemple de l’anorexie qui peut produire une souffrance nécessaire, une position masochiste sacrificielle, seul moyen de salut.

 

Puis est abordé le thème du couple en « mal de parentalité », en mettant en évidence la nécessité de la triangulation œdipienne et les conséquences de son absence qui aboutit à une famille incestuelle, antœdipienne.

Commentaires personnels

Ouvrage très intéressant et nourri par des exemples de cures.

Il fait de nombreuses références à  P.C Racamier et à  D. Anzieu

L’éclairage porté sur les différentes empreintes et leur origines diverses, montre comment elles peuvent se révéler au grand jour grâce au travail psychanalytique.