Articles

Et si nos souffrances prenaient corps ?

Par 10 février 2020 Aucun commentaire

Et si nos souffrances prenaient corps ?

18 janvier 2020 – Colloque AIDE PSY

Le titre de cet exposé se présente sous forme d’une question, question qui a toujours été au cœur de mes démarches professionnelles, de mes recherches, de mes propres choix de soins. Même au-delà, il est sans doute le fruit d’une curiosité infantile, le besoin de comprendre.

La définition de la Santé selon l’OMS est plutôt globalisante 

« La santé est un état d’équilibre à la fois physique, psychique, social et spirituel »

 

Et c’est sur cette donnée de base que s’appuie toutes les formations paramédicales et médicales, seulement en pratique notre médecine encore en 2020, a bien du mal à répondre à globaliser ses soins qui se montrent même de plus en plus découpés, morcelés.

 

A l’ époque où j’étais infirmière, j’ai pu lire un livre qui s’intitule « Nous sommes tous des psychosomatiques » du Dr Michel Sapir, un des spécialistes français de la relaxation d’inspiration psychanalytique.

Pour lui, par son expérience clinique, cette affirmation était devenu évidence et de ce fait les soins, les traitements, la relation soignant-soigné ne pouvait qu’en découler.

Il évoque en autre le passage de la plainte corporelle à la plainte confidence.

Ainsi, cite-t-il dans son livre, cette femme qui est hospitalisée pour des vertiges insupportables, supportés depuis 30 ans, l’entrainant de médecins à spécialistes, se plaignant d’un cortège de troubles, tous fonctionnels.

En l’invitant à parler de sa vie plus élargie, la patiente, fond en larmes. Débute le vrai récit, celui d’une vie ratée ; tout ce qui a été refusé sur le versant du plaisir, a été dévié vers celui de la maladie.

Comme de nombreux autres médecins, il s’était tourné vers le champ de la psychosomatique.

Il faut savoir que les troubles dits fonctionnels, représentent environ 30 % de la clientèle ; il s’agit de troubles des fonctions, sans lésion des organes. La liste est longue ; nous en trouvons une sur le livre de

Thierry Janssens : « la maladie a-t-elle un sens ? » 2008 ; chirurgien devenu psychothérapeute.

2 livres d’un médecin, Philippe Dransart, ont continué de m’interpeller dans cette recherche personnelle face aux symptômes.

« la maladie cherche à me guérir » et son 2ème tome « nœud et dénouements »

 

Mon expérience personnelle de la maladie, comme nous avons tous dans notre vie, mon expérience professionnelle en tant qu’infirmière pendant une vingtaine d’année, mon intuition, mon besoin de sens et ces lectures m’ont amené moi aussi à aller m’intéresser au fonctionnement psychique de l’être humain.

La maladie est une période de doute et d’incertitude, un état parfois très chaotique, une crise mais aussi une chance, comme nous le disons si aisément dans notre travail.

Ce recadrage, qui peux paraître simpliste, induit déjà un changement de croyances, une surprise pour la personne qui consulte, habituée qu’elle est à entendre des symptômes, un diagnostic posé à travers une panoplie d’examens parfois bien anxiogènes, un traitement et dans une attente d’une guérison dont elle ne se sent pas forcément l’actrice.

Changement de vision de la maladie, mais aussi de son corps, de son fonctionnement, des liens avec un vécu, des évènements de Vie présents, passés pas élaborés, douloureux.

 

Dans mon titre, j’évoque le mot SOUFFRANCE

La souffrance n’ai pas la douleur ; l’une dirait « j’ai mal » l’autre « je me sens mal » ou bien « je suis mal dans ma peau » ou encore « je suis mal dans cet environnement (boulot, vie familiale…) »

La douleur ne constitue que la face émergente de ce qui fait mal au patient.

Mais comment ne pas rappeler que la racine grecque du mot pathos désigne originellement ce qu’on éprouve – émotion ou sensation – Pathos renvoie donc à l’épreuve autant qu’à l’expérience ou aux événements et changements qui se produisent. Comprendre en éprouvant est au cœur de la démarche psychanalytique.

Vignette Clinique : Ainsi l’histoire de Nathalie, 27 ans qui vient me consulter pour maux de tête récurrents, ne pouvant me serrer la main car elle vient de se faire opérer d’ un canal carpien ; La douleur de Nathalie se dit au niveau de sa tête mais la souffrance consciente tourne autour d’une pression qu’elle a sans cesse de répondre aux besoins des autres.

A l’anamnèse, il ressort que ce symptôme physique a débuté à ses 10ans et ses difficultés avec une sœur ainée qui exprimaient fort ses émotions, en désaccord constant avec ses parents.

Au même âge, apparaît le décès également du grand-père maternel.

Nathalie, qui a de belles compétences dans l’art, est à l’arrêt de travail, dans l’immobilisme.

Il apparaîtra de plus en plus clairement que Nathalie est prise dans un conflit entre vivre plus légèrement et construire individuellement Sa Propre Vie et continuer de s’occuper des problèmes familiaux, « la fameuse sœur étant maintenant en couple, avec un homme, pris dans des addictions ». Celle-ci l’appelle tous les jours et Nathalie « joue » un rôle de confidente et reçoit continuellement ses doléances ; comportement acquis par modélisation à une mère sacrificielle. « C’est le pli naturel de cette famille, aux croyances d’entraides très catholique.

Elle se sent engluée dans un mode de fonctionnement « faire plaisir, ne pas décevoir, faire des efforts, un altruisme difficile à modifier », plus fort qu’elle.

D’une certaine manière, on pourrait dire que la souffrance a pris corps, elle se manifeste, se montre à travers des symptômes divers, des douleurs diffuses et obligent le patient à consulter.

Elle se vit dans un Corps physique, soigné par un Corps médical, qui trop souvent néglige de savoir depuis quand ces symptômes existent et qu’est -ce que cette personne traverse ?

 

Les premières séances avec Nathalie vont consister à ne pas mettre le focus sur le symptôme, qu’elle fait taire par des antalgiques, quand ils sont trop douloureux, mais plutôt à répondre à ses besoins, ses désirs de se sentir plus légère ; une juste reconnaissance d’un narcissisme légitime

Faire disparaître le symptôme n’est pas chercher à lui donner du sens.

 

Nathalie, mettant plus de sens sur son mal être, a écourté par elle-même les appels téléphoniques très longs avec sa sœur, s’est occupée à répondre à une offre d’emploi, assez valorisante pour elle envisageait de faire un travail en RE, là où elle allait désormais déménagé.

 

Freud disait : «  le MOI est avant tout un MOI CORPOREL »

Je cite des propos de Jean Begoin (psychanalyste) dans Corps et langage en psychanalyse écrit :

 

« La théorie psychanalytique est une théorie essentiellement biologique (Freud était lui aussi médecin neurologue).

Avec au départ, la théorie de la libido, puis ensuite la théorie de la bipolarité instinctuelle, instinct de vie-instinct de mort, avec les stades d’évolutions de la libido, les zones érogènes, tout cela est très biologique, et très lié au corps. »

 

Du reste, Les 1ères recherches de Freud sont parties de sa clinique autour des malades hystériques qui ont de nombreuses manifestations émotionnelles et physiques ; on parle de conversion hystérique (traduction d’un désir refoulé mais dont l’expression symbolique est manifestée dans le corps érogène). Comment en effet expliquer ces symptômes physiques sans cause organique en continuant d’ignorer l’influence de l’esprit sur le corps ?

Ainsi, je cite cette jeune personne d’une vingtaine d’années qui vit une paralysie motrice des membres inférieurs soudaine et qui doit être promenée en fauteuil roulant par ses proches. Ce symptôme, vécu 2 fois de suite à quelques années d’intervalle va intervenir à chaque fois, suite à une rupture avec son petit ami.

Hospitalisation, examens multiples seront mis en œuvre afin d’éliminer tout risque de pathologie grave, sans que quiconque ne fasse de lien entre ces deux évènements et le mode réactionnel de cette jeune personne.

Pour expliquer les relations entre le corps et l’esprit, Freud propose la notion de pulsion qui serait l’énergie circulant entre l’esprit et le corps. Il ne parle pas encore de psychosomatique,

Le symptôme, la maladie, c’est « cher » ou « chair » payé pourrait-on dire ; défense couteuse.

Oui, la souffrance du patient s’inscrit dans sa chair, dans ses cellules, de manière inconsciente, involontaire. Elle va entrainer des bénéfices secondaires (multiples soins mis en œuvre, inquiétudes de l’entourage…) ; elle est une régression, un mécanisme de défense qui vise à protéger le moi, de débordements émotionnels.

 

Cependant le sens de ses symptômes est inconnu par le sujet.

Un des premiers temps des entretiens va consister souvent à explorer ce sens , à rendre conscient ce qui est inconscient, sans chercher à faire taire ce symptôme.

L’exemple de cette patiente qui vient pour angoisse à la veille d’examens médicaux (IRM), mais plus largement de nature anxieuse, et qui demande de l’aide.

A l’exploration de cette angoisse décrite par la patiente comme une chaleur qui monte en elle, qui l’étreint dans la poitrine, jusqu’à lui couper le souffle et la faire paniquer (cortèges de symptômes physiques), apparaît qu’au premier IRM passé un an avant, on lui a découvert une endométriose qui a dû nécessité une intervention chirurgicale. Tout ceci a fait suite à une rupture amoureuse avec un homme fréquenté une dizaine d’années et qui ne voulait pas d’enfants.

Cette patiente a alors 43 ans quand elle vient consulter.

Les émotions vont alors surgir marquant toute la tristesse de la perte, d’un deuil à élaborer.

Libération de l’émotion mais aussi d’une souffrance qui s’avérera transgénérationnelle, du côté de la lignée maternelle avec un suicide tragique de la grand-mère maternelle dans la prime enfance de sa propre mère.

Notre corps est conçu pour la santé et l’autoguérison, et il est à savoir que les symptômes de maladies peuvent mettre des années à se révéler.

 

Et en analyse systémique, on parle de l’enfant-symptôme : celui qui va révéler en quelque sorte une souffrance familiale, un secret, des deuils non-élaborés, comme si il venait mettre inconsciemment en acte par son propre corps cette souffrance.

 

Carl Gustav Jung disait « Tout ce qui ne remonte pas à la conscience revient sous forme de destin, de symptôme, de maladie, d’accident, d’échecs, de malaises « 

 

Dans l’approche psychothérapique, on va écouter ce langage-symptôme, on va favoriser l’accès à l’inconscient par l’écoute des rêves de la personne, et dans notre pratique, le rêve éveillé va être un outil particulièrement propice puisqu’il utilise la symbolisation.

 

Une branche de la psychanalyse, a cherché a étudié plus spécifiquement la psychosomatique.

Groddeck, médecin et psychothérapeute allemand (1866-1934), considéré comme un des pionniers de la psychosomatique, qui explique que les maladies ne sont plus nos ennemies mais sont nos complices. Elles nous permettent de déceler les souffrances cachées au fond de nous qui nous intoxiquent.

Il invente le concept du « Ça », repris par Freud dans sa seconde topique, pour désigner cette mystérieuse énergie mutante qui se manifeste, tantôt sous forme physique dans la maladie, tantôt sous forme psychique dans des comportements bizarres. Le « ça » de Groddeck est proche de la pulsion de Freud.

Dans cette avancée sur la psychosomatique, beaucoup d’autres psychanalystes s’y sont investies mais je citerai surtout :

2 psychanalystes, passionnés sur ce sujet :

 

Willem Reich (1897-1957) qui s’est beaucoup intéressé au corps. Il a parlé de « cuirasses musculaires » qu’il relie à des « cuirasses caractérielles », situées à la source.

C’est un peu comme si nous nous étions constitué de la somme de toutes les forces de défenses répressives pour nous protéger, résister, réagir, contre-attaquer face aux assauts de l’extérieur ou de l’intérieur.

Sur le plan corporel, il parle de « segments » ou « anneaux » comme le segment oral (lèvres, gorge) marqué le désir de mordre, sucer…, le segment thoracique, diaphragmatique, abdominal, pelvien.

J’ai eu l’occasion dans une de mes tranches de thérapie personnelle de pratiquer 16 séances d’exercices d’une méthode appelée « libération des cuirasses musculaires » avec ma thérapeute, non psychanalyste, méthode concrète qui découlait de cette théorie, reprise par une canadienne.

Des séances effectuées en groupe, en silence avec un automassage avec balle ou bâton.

Il est vrai que cette méthode s’est avérée un bon moyen de dissoudre des douleurs corporelles, sans doute au niveau de la cuirasse musculaire, et ainsi éviter des traitements.

Je faisais une psychothérapie individuelle en parallèle ; ce qui pouvait prendre en charge les émotions qui pouvaient se soulever. C’était avant de faire une psychanalyse par le rêve éveillé.

Nous sommes là dans ces psychothérapies à médiation corporelles, se rapprochant de la psychologie biodynamique de Gerda Boyesen, norvégienne (1922-2005), cherchant par des manœuvres corporelles à activer, débloquer des décharges végétatives.

 

Autre personnalité : Pierre Marty (1918-1993) , une des figures majeures concernant la psychosomatique, psychiatre et psychanalyste français

C’est à lui que l’on doit le concept de « mentalisation » ou travail d’élaboration psychique en 1970.

Il va décrire des tableaux psychosomatiques et une attitude thérapeutique qui vise à limiter les risques d’une surcharge ou insuffisance d’excitation.

J’ai reçu Thierry, un homme d’une cinquantaine d’années, consultant pour la 1ère fois en psy pour un problème d’érection datant de longues dates ; problème avec lequel il avait composé. Homme divorcé depuis 7 ans, qui avait cependant retrouvé une compagne depuis 2 ans.

Très épris de cette femme, il sentait la menace de rupture arrivée et venait en dernier recours , chercher une aide éventuelle.

Recueillir des éléments d’anamnèse s’avère assez difficile. Il avait une forte amnésie infantile, ne se souvenait de rien, même l’adolescence.

Dernièrement, il avait eu recours à des examens médicaux, sans grand succès, n’ayant pas de problème organique décelé ; juste des piqûres de prescrit à se faire au moment de l’acte sexuel.

Toute séance s’ancrait dans l’actuel et le factuel. Evidemment, la situation était compliquée par la perte récente de cet objet d’amour, idéalisé qui lui avait redonné espoir et lui avait fait redécouvrir le plaisir d’être au moins tenu par la main, de s’embrasser, se tenir l’un contre l’autre, lui, l’ex-enfant qui avait grandi dans un contexte non affectif, où l’on ne se parlait pas, avec une injonction forte de ne pas se plaindre. Beaucoup de refoulements à l’œuvre, le déni de sa souffrance.

C’était un sujet plutôt à pensée opératoire, comme le disait Marty.

Or la tâche de l’analyste est de « reconduire au passé » ce qui surgit sur la scène analytique comme réel et actuel.

 

En fait cette thérapie en RE a nécessité une supervision constante tant le transfert vu très vite négatif sur l’intérêt de ce travail en profondeur, sur le RE extrêmement difficile qui ne livrera souvent que des images qui ne lui parlent pas beaucoup.

Il répète sa difficulté à verbaliser. Il a beaucoup de déficit d’imaginaire et d’espace interne. Il donne peu et reçoit difficilement mes tentatives de lien (structure anal)

Cas difficile, me dit Jean Marc ; état limite avec un déficit de préconscient, dans une vraie rage destructrice, qui va se manifester pendant presque un an.

Il me met en concurrence parfois avec un énergéticien, du tai-chi, du yoga du rire.

Bien adapté socialement, mais isolé sur le plan affectif ; dialogue coupé avec un fils adolescent, comme avec lui-même.

Peut-être que ces mois difficiles auront au moins servi à l’extériorisation de cette rag-haine (lui qui ne pouvait se plaindre et était dans le déni d’un trouble important qui lui gâchait sa vie sentimentale ?

Quelques images symboliques avaient pu co-participer à un début d’élaboration mentale ; comme des enveloppes dans lequel il était enfermé, un ventre maternelle comme une glacière ou encore quelques personnages bien évocateurs.

Beaucoup de résistances « Ça ne sert à rien ; ça me coûte de l’argent, c’est tout » m’obligeait à paradoxer, me mettre en position basse et à chercher du plaisir dans le jeu à travers les quelques images qu’il pouvait parcimonieusement me donner.

En contre-transfert, je ressentais peu de plaisirs, un sentiment de guerre perpétuel, une envie de l’abandonner, voir même un espèce de dégoût de ce grand et maigre homme.

« Celui qui veut guérir le malade, écrit Freud, se heurte, à son grand étonnement, à une forte résistance qui lui apprend que le malade n’a pas aussi formellement, aussi sérieusement qu’il en a l’air, l’intention de renoncer à sa maladie.

Dans les actions menées pendant cette thérapie il a déménagé ; a tout de même investit le projet d’ acheter un bateau où il alla logé, dans une petite cabine, à peine chauffée, en plein hiver et puis un appartement qu’il se mettrait à « retaper » dans un proche avenir.

Ce cas m’a paru un bon exemple de défaut de symbolisation ; cette capacité qu’a l’humain de représenter et se représenter.

Ainsi plusieurs symboles de contenant ont pu mettre sur la piste du corps contenant ; peau métaphore de l’appareil psychique.

Anzieu décrit un moi-peau dont le besoin serait au niveau du contact, du rapproché et qui spécifierait la dialectique du dedans et du dehors.

Pour ces patients et leur préoccupation au sujet de leur corps, il y a tout le temps sous-entendu le corps maternel, l’objet d’amour primitif.

Et la situation analytique va par la névrose de transfert, constituer ce contenant sur lequel va se projeter toutes les angoisses archaïques du sujet (angoisses de morcellement, de non-intégration, persécutrice…), un certain nombres de pulsions qui ont besoin d’être élaborées dans une relation d’objet.

 

Mais comme il y a le corps maternel, nous dit Jean Begoin, il y a aussi le corps paternel, le pénis du père et tout le problème de l’aspect alors que cela prend dans les fantasmes originaires comme organisateurs du fonctionnement mental

Ce n’est pas tant les parents réels qui sont en cause au niveau de ce déficit mais les parents fantasmatiques et leurs qualités physiques dans la vie psychique.

« La psyché loge dans le corps, nous dit Winnicott,  les soins physiques sont d’emblée des soins psychiques, l’un et l’autre sont intriqués. »

C’est comme si nous avions d’inscrits précocement dans notre corps les plaisirs mais aussi les douleurs, les carences.

  

Ce que Winnicott ajoute , c’est que nous prêtons des fantasmes au bébé. Un bébé fait avec le sens que prennent les actions. Ce sens lui vient du lieu de l’Autre, du parent qui le soigne, ainsi qui va dire à son enfant « Tu es content quand il bouge les pieds  et gigote pendant le change »

On sait que le handling et holding et le bain de mots vont apporter la sécurité dont l’enfant a besoin, son sentiment d’exister, d’être reconnu.

 

A contrario, les soins dysfonctionnels, les carences trop précoces, l’absence de castrations symboligènes va avoir des conséquences sur le sujet en devenir, sur son développement, sa socialisation.

  • Comment va-t-il intégrer la différence des sexes ?
  • Comment va-t-il pouvoir investir son propre sexe ?
  • Comment va-t-il pouvoir rentrer dans la lutte œdipienne et en sortir ?

Dans notre pratique, mieux qu’un long discours, l’image exprime et explore nos problématiques inconscientes sous-jacentes à nos symptômes, tout comme le jeu ou le dessin peux le faire chez l’enfant. Les images symboliques vont permettre la reconstruction de bons objets internes, au rythme de la levée des défenses du patient.

 

L’ outil du rêve éveillé où se situe le corps imaginaire du patient , semble particulièrement apte à permettre à l’analysant une restauration de son préconscient et d’un espace interne sécure et fonctionnel.

Le thérapeute prête son appareil psychique, lui-même s’appuyant sur ses sensations corporelles, ses fantasmes, ses rêveries. Il facilite, dans le RE, le « sentir ».

 

En résumé,

La maladie, la vieillesse et la mort nous confrontent d’une manière particulièrement intense à notre corporalité.

Notre corps a une place centrale dans tout notre développement psychique (stades prégénitaux avec le rôle des zones érogènes, la transformation du corps à l’adolescence, tout au long du vieillissement)

La souffrance, la douleur psychique s’inscrit dans et par le corps.

Tout ce qui ne peut être élaboré psychiquement, revient au corps.

Le corps est aussi sollicité quand la pensée ne peut pas être investie car trop dangereuse et menaçante (comment penser mon avenir ?, comment penser (panser) ma relation aux autres ?…

Et que dire de cet adolescent en souffrance qui va paradoxalement attaquer son propre corps ?

N’oublions pas que la douleur psychique est visible dans le corps physique, elle s’inscrit dans le corps physique, elle peut marquer à jamais ce corps.

Patricia Poirier

Psychanalyste Titulaire Certifiée, Superviseuse PRE