Fiche de lecture

Envie et gratitude et autres essais

Par 3 février 2021Aucun commentaire

Envie et gratitude et autres essais

Mélanie Klein (Edition Gallimard 1968)

J’ai eu envie de lire ce livre car je crois que je vis mes plus grands sentiments de bonheur quand j’ai le coeur rempli de gratitude…
Malheureusement, la gratitude ne se commande pas. Elle jaillit… ou ne jaillit pas. J’ai voulu comprendre un peu mieux les sources de ce jaillissement en lisant Mélanie Klein.
Pour Mélanie Klein, le nouveau-né vit une angoisse de nature persécutive, au cours de la naissance et après. Il ressent inconsciemment, sans pouvoir s’en rendre compte intellectuellement, tout malaise comme infligé par des forces hostiles. A l’inverse, quand on lui procure du bien-être, il le ressent comme provenant de forces bienfaisantes.
Ainsi se construit la première relation d’amour du nourrisson à une personne ou, comme le dit le psychanalyste, à un objet.
Le nourrisson a une connaissance innée et inconsciente de l’existence de sa mère. Il n’attend pas seulement d’être nourri, mais désire en être aimé et compris. Dans les stades les plus précoces, la mère exprime son amour et sa compréhension par la façon dont elle s’occupe de son bébé ; il s’instaure ainsi une sorte d’unité inconsciente fondée sur le rapport qui se crée entre l’inconscient de la mère et celui du nouveau-né. Le sentiment d’être compris qu’éprouve le nourrisson sous-tend la première relation fondamentale de sa vie.
En même temps, la frustration, le malaise et la douleur, vécus comme persécution, se mêlent aux sentiments à l’égard de la mère qui, au cours des premiers mois, représente pour l’enfant la totalité du monde extérieur.
Il en résulte une attitude ambivalente, même dans les meilleures conditions possibles.
La capacité d’amour et le sentiment de persécution sont profondément enracinés dans les processus psychiques les plus précoces du nourrisson. Les pulsions destructrices et les affects qui les accompagnent, rancune, haine, envie de l’objet omnipotent à savoir la mère dont dépendent vie et bien-être, toutes ces émotions éveillent l’angoisse de persécution. Elles resteront actives plus tard dans la vie. Car les pulsions destructrices à l’égard d’un autre susciteront toujours le sentiment que cet autre, à son tour, deviendra hostile et pourra user de représailles.
L’agressivité innée se trouve atténuée par l’amour et la compréhension que reçoit le jeune enfant. Des circonstances extérieures défavorables accroissent cette agressivité mais les pulsions destructrices dont l’intensité varie selon les individus font partie intégrante de la vie psychique. La lutte entre l’envie et la haine fait rage…
Le nourrisson peut être incapable d’accepter la gratification lorsqu’elle suit une privation. Un nourrisson capable d’accepter la nourriture et l’amour prouve qu’il peut surmonter le ressentiment naît de la frustration et retrouver ses sentiments d’amour lorsque la gratification lui est de nouveau offerte.
L’introjection de la mère constitue un facteur fondamental du développement : sous ses bons aspects, amour, aide, nourriture, la mère est le premier bon objet que le nourrisson intègre à son monde intérieur.
Le bon objet solidement ancré peut servir à l’identification qui à son tour raffermit la capacité d’amour, les pulsions constructives et la gratitude.
La conclusion ne surprend pas : pour passer de l’envie à la gratitude, rien de tel que d’avoir intériorisé un bon sein, une bonne mère…